Lettre de Paul Willems à Jean Sigrid

« Jean, tu m’écrivais l’autre jour une lettre. Tu inaugurais cette correspondance sous le titre Le voyage Immobile. Tu m’écrivais que « tu ne me connais que depuis quelques années ». C’est vrai. Mais je te réponds : « Je te connais depuis toujours ». C’est tout aussi vrai.

pont du germoir-plissart

Je t’ai rencontré, je me souviens, à l’époque où j’étais étudiant. Étais-tu déjà né? Peu importe, je t’ai rencontré. À cette époque, c’était en 1931 ou 32, je découvrais à Bruxelles les zones qui allaient devenir tes terrains de chasse. Je devrais dire « tes climats d’élection ». (…)

C’est là que je t’ai rencontré autrefois. Tu étais l’enfant que j’ai vu un soir penché sur le parapet du pont du Germoir à Ixelles et qui regardait s’éloigner le train. J’ai senti son désespoir de ne pas être dans le wagon qui s’éloignait et en même temps sa joie inconsciente d’être celui qui regardait le train s’éloigner. Car le crépuscule, la petite pluie froide d’octobre étaient soudain transfigurés par le seul passage du train ».

Quand Clément me lit ce texte, c’est rue du Viaduc qu’il se voit. Pour lui cette rencontre se passe rue du Viaduc. Pour moi aussi maintenant.

Cette lettre de Paul Willems à Jean Sigrid se trouve dans les « Cahiers du rideau » de février 1977. En préface à la pièce de Jean Sigrid L’Auto-stoppeur. L’illustration est de Marie-Françoise Plissart et François Schuiten. (Je l’ai scandaleusement recadrée).

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