Carnets nov-dec 2015

Carnets nov-dec 2015

15 novembre 2015. Dans le sac de cassettes audio que Julien m’a confié, il y a une carte de visite. Celle d’Anne-Marie La Fère. Retrouvée à la Balsamine. Ancienne journaliste à la RTBF. Elle a bien connu le NTB et Henri Ronse. Impossible de la voir d’ici la fin de l’année.

23 novembre. Je n’arrive plus à savoir si c’est la dame du garage Octa+ qui m’a dit ce nom, Colette Emmanuelle, la première fois, ou si je l’avais déjà entendu. Je crois qu’elle a juste dit : orfèvre – holemans – fille comédienne. Et par la suite est venu le nom Colette Emmanuelle. D’où? Je ne sais pas. Peut-être de la photo. Ligne directrice profonde. Un peu comme l’Automne grec de Ronse. Photo de L’ignorant et le fou. Un cri qu’on n’entend pas.  Thomas Bernhard mis en scène par Ronse en 1978. Avant le NTB. Tout le monde connaît Colette Emmanuelle. Tout le monde hoche la tête. Mais je ne trouve aucune trace d’elle. Je ne sais même pas quelle âge elle a, ni où elle est. Il est fort possible qu’elle ait un lien avec le théâtre rue du Viaduc. Ce qui est étrange c’est qu’elle n’a jamais joué au NTB.

25 novembre. J’ai repéré une Brigitte Ledocte dans la distribution de La Société de chasse (dernières pages du livre de Zahnd). Croisé Valérie. C’est bien sa famille. Sa tante.  Elle est infirmière maintenant. Appelé Brigitte Ledocte. Elle préfère venir avec un ami qui est encore comédien. M’a donnée son numéro. C’est Jean-Paul Fréhisse. Superbe voix. Elle aussi. L’histoire commence, ça prend. Je l’entends. J’entends le fil qui va se dérouler.  Donc bientôt les premiers rdv dans le théâtre.

05 décembre. Anne-Marie Loop joue dans Reflets d’un banquet au Théâtre de la Vie. Je la rencontre.  Je l’ai vue aussi aux Tanneurs dans Europeana mais je n’ai pas aimé. Donc pas osé lui parler. Cette fois nous discutons. Elle a joué dans plusieurs Crommelynck au NTB. Mais c’est vieux, elle est intriguée. Tout le monde est intrigué que je me mette à parler du NTB et d’Henri Ronse. Tout le monde se demande en quoi cette époque révolue m’intéresse. Et ce bonhomme qui est peut-être un escroc. Je lui parle de Catherine Bady. Elle s’exclame. Elle adorait Catherine Bady. Elle l’a vue jouer beaucoup. Elle suivait de près sa carrière. Elle me parle du théâtre du Parvis et des jeunes compagnies. Du Varia. De L’homme qui avait le soleil dans sa poche. Nous prenons rdv pour nous voir rue du Viaduc. Ce qui est fou c’est qu’elle ne se souvient pas du tout avoir joué avec Catherine Bady.

09 décembre. Ils sont venus à deux, Brigitte et Jean-Paul. J’ai accepté qu’ils viennent à deux. Normalement je veux être seul à seul. On entendait très fort les travaux de la maison d’à côté. Brigitte m’a parlé d’une actrice qui volait des chaussures. Je ne dirai pas qui. Jean-Paul a parlé des jours où il sait qu’il va jouer le soir. C’est comme un rdv amoureux. On se prépare sans en avoir l’air. Quelque chose d’important se prépare. Il a parlé de la neige dans Minetti, et des chemises dans La Mort de Danton.

16 décembre. Rencontre avec David Lempereur. Il a garé sa moto devant le théâtre. Il est très grand. Il m’attend devant la porte. La première fois que j’ai entendu son nom, c’était avec Fanny. Quand on a fait le tour complet des deux maisons rue du Viaduc. Théâtre, appartements et Autre musée. Et les bureaux aussi. Fanny connaissait bien. En plus de faire le bar, elle travaillait souvent avec Nicole Ronse dans les bureaux. On a retrouvé une boîte en métal contenant des fiches. Dont celle de David Lempereur. Une petite fiche cartonnée orange avec une adresse et un téléphone. Depuis je l’ai dans mon sac, avec mon enregistreur. Elle me rappelle ce premier jour. C’est un vieux numéro sans 02, et une vieille adresse. Je suppose. Je ne l’ai pas montrée à David et j’ai oublié de lui demander s’il habitait toujours rue Neyenberg à Etterbeek. C’est grâce à Julien que je l’ai contacté. Nous sommes restés cinq heures dans le théâtre. Plus moyen de voir ni les appartements ni les bureaux, tout ça n’existe plus. Mais côté salle, les peintures noires de l’époque et le vieux mur d’arrière-scène sont encore là. David inspecte tout. Il retrouve les traces comme un archéologue. En même temps, il est tellement à l’aise et familier des lieux qu’on dirait qu’il les a quittés la veille. J’ai apporté les deux livres sur Ronse. Il les a. Nous prenons le temps de les regarder ensemble. En épluchant tous les spectacles mis en scène par Ronse, je lui fais part d’une chose qui m’intrigue… Ronse n’a jamais mis en scène Shakespeare. Je me suis souvent demandé pourquoi. Il pose le livre et il me dit: ça aurait dû être le premier spectacle de la saison place des Martyrs. Hamlet. Il me semble que Julien m’avait parlé de L’Échange. Une saison complète était sûrement prévue.

19 décembre. Rencontre avec Anne Beaupain. Une des trois comédiennes d’Aglavaine et Sélysette. J’ai trouvé son numéro facilement. Elles étaient trois élèves de Julien au conservatoire: Anne Beaupain, Cécile Henry et Muriel Clairembourg. Elles avaient commencé à travailler Aglavaine au conservatoire. Puis il y a eu Pelléas et Mélisande, puis Elektra. Dans les cassettes que Julien m’a prêtées il y avait Aglavaine et Sélysette. Une adaptation pour la radio. Prix Italia 1993. Julien pense que c’est avec Aglavaine qu’il est allé le plus loin. C’est là qu’il s’est senti le plus libre. Anne a apporté un texte de Maeterlinck sur le silence. Sur un petit bout de papier elle me donne le téléphone de Cécile. Pas sûr qu’il soit encore bon. Quelque chose d’important s’est passé lors de cette mise en scène. Et dans ce théâtre pour Julien. Nijinsky, Adramélech… Si seulement…. Cette audace me fascine. Je lis les cahiers de Nijinsky. Julien se superpose au danseur. Je ne veux pas voir de captation.

22 décembre. Il fait froid. Il y a quelques jours j’ai rencontré Jimmy au Poème 2. Jimmy était régisseur au NTB. Fanny m’en avait parlé. Mais moins que de David (Lempereur). Julien par hasard est tombé sur lui place Jourdan. Avant de travailler au NTB, Jimmy travaillait au camping juste à côté. Il avait une vue plongeante sur la rue du Viaduc. Il remarquait des décors qui entraient et sortaient parfois. Il ne connaissait rien au théâtre. Un jour, il est devenu régisseur. Jimmy est le seul qui me parle de l’odeur du NTB. L’odeur de cave. De moisi. J’avais remarqué cette odeur la première fois. Je pensais que c’était la vétusté. Et l’abandon pendant plus de 15 ans. Jimmy me dit que cette odeur a toujours été là. Caractéristique. Le soir, on ne se rendait pas compte. Tout était camouflé et il faisait noir. Mais la journée, le théâtre était  un peu misérable. Il se souvient des bougies allumées avec Fanny tous les soirs pour Valse n°6. Il se souvient d’avoir travaillé comme un fou pendant des années avec David. En face d’Octa+ il y avait une boulangerie où ils achetaient leurs pains au chocolat le matin.

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