Marcel

P104077018 mai. Au téléphone, Marcel Dossogne a joué les vieux bougons: « j’suis un méchant moi ». Sa voix est intimidante, mais il est très drôle. Je l’attends, un peu inquiète. Surprise. Finalement il n’a rien à voir avec sa voix. Il est beaucoup plus jeune et moins renfrogné que ce que j’imaginais. Visage doux. Il est terriblement ému de parler d’Henri Ronse. Il a connu le Théâtre Oblique. Paris. Marseille. Lille. Orléans. Les trottoirs de la Cannebière recouverts d’affiches pendant la nuit. Une maison dans le sud de la France où il attend qu’H. Ronse lui envoie sa paie pour pouvoir rentrer. Le Musée d’Orsay où il a joué Les Aveugles pendant une exposition sur le symbolisme. En me dévoilant certaines choses, il épaissit encore le mystère. Il prononce des noms inaccessibles, Laure Guizerix, Bruno Sermone, Jean Bollery, José Quiroga, Elisabeth Holier. Toute un monde qui n’existe presque plus. Et Marie-Ange Dutheil. Un des fils conducteurs entre Bruxelles et Paris. Presque dans tous les spectacles de Ronse Marie-Ange est là. Venue d’une époque très ancienne. Comme si elle était née sur une scène ou qu’elle sortait d’un roman. Il y a toujours un personnage qu’elle incarne, immuable. Sa voix. Son nom plonge dans un silence chargé de respect et de je ne sais quoi qui laisse un sourire au coin des lèvres.

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Marie

P104075916 mai. Marie Poumarat vient me chercher sur la place du village à Cherisy (pas loin de Vernouillet, en Normandie). Nous allons en voiture jusqu’à la maison troglodyte (en partie) d’Henri et de Nicole. Je vois le panneau « Sente des déserts » et je me souviens du moment, et de l’endroit, très précis, à Bruxelles, où j’avais lu ce nom : « Sente des déserts ». C’était rue Tasson-Snel à Saint-Gilles, j’étais plongée dans dans le livre de René Zahnd, La vie Oblique. On entre par la cuisine et je vois sur la faïence au-dessus de l’évier, un petit personnage de Jephan de Villiers. On passe devant les livres d’Henri Ronse. Comment ai-je réussi à arriver jusque là?  La première fois que Marie a rencontré Ronse, c’était à Paris. À l’Odéon. Elle venait voir L’île des morts.

Veronika Mabardi, l’Autre Musée et la Cantate à trois voix

devillier2091989, an NTB, Veronika Mabardi est assistante de Frédéric Dussenne. Pour Le Portrait de Dorian Gray. C’est l’époque des Ateliers de l’Échange[1], Veronika est comédienne. Elle écrit mais pas pour le théâtre.

1990, les Ateliers de l’Échange sont au NTB pour jouer la première pièce de Veronika. Frédéric l’a convaincue de transformer un de ses textes pour le théâtre: Cassandre Graffit. Henri Ronse coproduit.

Les acteurs répètent[2]. Veronika trouve refuge auprès de Nicole Ronse, dans l’Autre Musée, petite salle d’exposition attenante au NTB.

Nous nous sommes retrouvées rue du Viaduc. Ce jour-là la visite était empreinte de présences féminines.

[1] Avant de fonder sa propre compagnie, L’Acteur et l’Écrit, F. Dussenne fait partie du collectif  Les Ateliers de l’Échange regroupant et confrontant plusieurs disciplines artistiques (écriture, peinture, sculpture, musique, jeu, mise en scène…).

[2] Rachid Benbouchta, Muriel Jacobs et Nadir Amara

Anne-Marie

P104076725 avril. Avenue Albert. Dans le sac de cassettes que Julien m’a confié en novembre, il y a une carte de visite. Celle d’Anne-Marie La Fère, ancienne journaliste à la RTBF. Me voilà chez elle. Chaque rencontre est précédée d’une attente, d’un imaginaire, de lectures. J’ai lu un livre d’Anne-Marie (elle a écrit plusieurs romans). Mais nous allons parler d’autre chose. Son appartement est typiquement bruxellois, chaleureux. Vue sur les jardins à l’arrière. Apaisant. Je me rappelle mon arrivée à Bruxelles. La découverte de cette sérénité possible dans la ville. Cette sensation d’être accueillie, attendue, qui sait? Je reconnais une gravure de Camille De Taye. L’image me rappelle quelque chose. C’est un costume de la Sonate au clair de lune. Ritsos et ses monologues: Ismène, Phèdre, Hélène, Agamemnon. Découverts souvent grâce à Ronse. Camille de Taye était un ami d’Anne-Marie. A beaucoup travaillé avec Ronse. Souvenirs fascinés d’Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables. Spectacle-parcours donné aux Magasins Waucquez (avant le musée de la BD). Textes de Maeterlinck. Scénographie de De Taye qui incluait les odeurs. Odeur d’acier. Odeur de pin. Odeur de pomme.

Miettes de mémoire 01- Création sonore

cassettes-julien15 novembre, Julien Roy [1] m’a confié sept cassettes audio. Dans le précieux paquet bien enveloppé, l’une des bandes magnétiques portait ce titre écrit à la main:  Miettes de mémoire. Sur mon vieux radiocassette, j’ai commencé par celle-ci.

Miettes de mémoire c’est un petit livre que Ronse a publié en 1998. Le titre m’avait plu et je l’avais acheté. Lu. Puis oublié. Plus ou moins. Pas le titre. Pas certains éléments de la liste. Le livre est une longue liste. La création radio entrecroise et surimpressionne. Le texte se développe et trouve un autre souffle. La liste devient très concrète et échappe à toute idée théorique. Elle devient une balade dans la mémoire.

La création sonore vient de l’ACR (France Culture). Ronse était proche de Farabet. Le rencontrer absolument.

« Je suis très attaché à ça, à ces petits emblèmes. Je pourrais appeler ça des biographèmes. Comme si on ne pouvait toucher le tout que par le détail, mais reconstituer le tout grâce au détail, le détail significatif qui fait image tout à coup. »[2]

C’est ce que je voudrais faire rue du Viaduc. Partir d’une paire de chaussures ou d’un collier pour remonter jusqu’aux personnages.

Ci-dessous un extrait des Miettes de mémoires, une production de l’Atelier de Création Radiophonique de France Culture diffusée il y a tout juste 17 ans, en avril 1999.  Merci à Julien Roy pour cette découverte.

[1] Julien Roy est un comédien belge. Il a joué et mis en scène de nombreuses fois rue du Viaduc. Voir plus bas deux capsules audio qui lui sont consacrées.

[2] Émission Miettes de mémoires, Atelier de Création Radiophonique de France Culture.