Anne-Marie

P104076725 avril. Avenue Albert. Dans le sac de cassettes que Julien m’a confié en novembre, il y a une carte de visite. Celle d’Anne-Marie La Fère, ancienne journaliste à la RTBF. Me voilà chez elle. Chaque rencontre est précédée d’une attente, d’un imaginaire, de lectures. J’ai lu un livre d’Anne-Marie (elle a écrit plusieurs romans). Mais nous allons parler d’autre chose. Son appartement est typiquement bruxellois, chaleureux. Vue sur les jardins à l’arrière. Apaisant. Je me rappelle mon arrivée à Bruxelles. La découverte de cette sérénité possible dans la ville. Cette sensation d’être accueillie, attendue, qui sait? Je reconnais une gravure de Camille De Taye. L’image me rappelle quelque chose. C’est un costume de la Sonate au clair de lune. Ritsos et ses monologues: Ismène, Phèdre, Hélène, Agamemnon. Découverts souvent grâce à Ronse. Camille de Taye était un ami d’Anne-Marie. A beaucoup travaillé avec Ronse. Souvenirs fascinés d’Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables. Spectacle-parcours donné aux Magasins Waucquez (avant le musée de la BD). Textes de Maeterlinck. Scénographie de De Taye qui incluait les odeurs. Odeur d’acier. Odeur de pin. Odeur de pomme.

Miettes de mémoire 01- Création sonore

cassettes-julien15 novembre, Julien Roy [1] m’a confié sept cassettes audio. Dans le précieux paquet bien enveloppé, l’une des bandes magnétiques portait ce titre écrit à la main:  Miettes de mémoire. Sur mon vieux radiocassette, j’ai commencé par celle-ci.

Miettes de mémoire c’est un petit livre que Ronse a publié en 1998. Le titre m’avait plu et je l’avais acheté. Lu. Puis oublié. Plus ou moins. Pas le titre. Pas certains éléments de la liste. Le livre est une longue liste. La création radio entrecroise et surimpressionne. Le texte se développe et trouve un autre souffle. La liste devient très concrète et échappe à toute idée théorique. Elle devient une balade dans la mémoire.

La création sonore vient de l’ACR (France Culture). Ronse était proche de Farabet. Le rencontrer absolument.

« Je suis très attaché à ça, à ces petits emblèmes. Je pourrais appeler ça des biographèmes. Comme si on ne pouvait toucher le tout que par le détail, mais reconstituer le tout grâce au détail, le détail significatif qui fait image tout à coup. »[2]

C’est ce que je voudrais faire rue du Viaduc. Partir d’une paire de chaussures ou d’un collier pour remonter jusqu’aux personnages.

Ci-dessous un extrait des Miettes de mémoires, une production de l’Atelier de Création Radiophonique de France Culture diffusée il y a tout juste 17 ans, en avril 1999.  Merci à Julien Roy pour cette découverte.

[1] Julien Roy est un comédien belge. Il a joué et mis en scène de nombreuses fois rue du Viaduc. Voir plus bas deux capsules audio qui lui sont consacrées.

[2] Émission Miettes de mémoires, Atelier de Création Radiophonique de France Culture.

Jacqueline

P104076812 avril. Rencontre avec Jacqueline Bir. Hier soir, j’ai eu peur qu’elle annule. C’est la seule date qu’on avait pu trouver et j’étais sûre que c’était maintenant ou jamais. Pour revenir dans un lieu chargé de mémoire, il y a, dans certains cas, un immense pas à franchir. Prendre le risque du vertige. Je sens parfois de grosses réticences. Je comprends. Mais je sens aussi une envie (une nécessité?) de le faire. Quel interêt? J’insiste. On ne revient pas sur les pas d’une seule personne mais sur une multitude de pas qui se sont croisés à cet endroit précis. Et Jacqueline Bir est là. Elle est venue malgré cette hésitation que j’avais bien sentie. Comme Claudine Charles, elle est très sensible au lieu et à toutes les voix qui suintent des murs. Elle évoque l’ouverture du lieu et la bizarrerie d’Henri Ronse.

Une saga par Colette Emmanuelle

p1030996Il y a un ou deux ans, la dame du garage Octa+, à l’angle rue du Trône – rue du viaduc, était venue me trouver. Intriguée de me voir si longtemps devant cette façade. Pour la première fois, il avait été question d’un orfèvre célèbre et de sa fille comédienne qui auraient habité là, dans cette maison, bien avant sa transformation en théâtre.

Je me demande si la dame d’Octa+ avait prononcer le nom d’Holemans ce jour-là.

En passant Place du Sablon, l’année dernière, de l’autre côté de la place, mon œil a été attiré par une enseigne : « Holemans ». Sur une boutique de bijoux. Après un temps d’arrêt, j’ai fait le lien avec la rue du Viaduc. Je me suis demandé s’il n’existait pas une connexion entre ces deux Holemans, entre la rue du Viaduc et la Place du Sablon. Je ne savais même pas si c’était Heulemans ou Holemans ou encore Eulemans. Quand même ce petit grain de sable m’a longtemps rappelé qu’il fallait creuser par là.

Il y avait aussi cette petite phrase de Ronse qui évoque son théâtre à Bruxelles dans un petit atelier d’orfèvre.

Qui a mentionné le nom Colette Emmanuelle? Catherine Bady[1] Peut-être. Ce qui est certain, c’est qu’au mois de décembre dernier, je cherchais Colette Emmanuelle depuis un petit temps. Personne n’avait jamais ses coordonnées. J’ai raconté à Anne-Marie Loop l’histoire supposée de la maison, de l’orfèvre et de Colette Emmanuelle, et elle m’a dit « Jean Lefébure. Il faut contacter Jean Lefébure, c’est son mari ».

Voilà comment je suis arrivée début mars chez Colette Emmanuelle.

[1]  Catherine Bady est une comédienne belge qui a joué dans une dizaine de pièce au NTB. Elle a aussi joué au sein de ce qu’on appelait à l’époque « les jeunes compagnies » notamment le Théâtre du Parvis.

Une visite à l’improviste / Claudine Charles

P1020300Un après-midi de mars, quelqu’un a toqué à la vitrine du théâtre. C’est nouveau cette vitrine.  C’était la première fois que quelqu’un passait et s’arrêtait pour regarder. Et scruter à travers la vitre.

J’avais entreposé des vieilles affiches du Nouveau Théâtre de Belgique et des livres. J’allais coller mes affiches.
C’était une dame souriante, avec un petit chapeau. Pendant qu’elle se penchait pour voir à l’intérieur, je commençais à lui faire des signes. Je me demandais si elle était juste curieuse ou si elle avait vraiment connu le théâtre.
Je pressentais qu’elle n’était pas là par hasard. Elle aurait collé moins longtemps son nez sur la vitre et scruté moins longtemps l’espace. Elle aurait eu l’air moins étonnée, moins intriguée. C’était très excitant, comme quand un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps passe à l’improviste. Je suis allée ouvrir la grande porte.
La dame souriait toujours et elle avait l’air profondément heureuse d’être là. Moi aussi.
Elle avait connu le NTB. Le suspense grandissait.

Quand j’ai pris mon stylo pour noter son mail et qu’elle a dit son nom, je me suis rendue compte que je la connaissais presque. Julien m’en avait parlé. Elle avait joué dans Le Peuple des souris, de Kafka (mise de scène par Julien Roy, au NTB en 1984).

Rachid

P104076314 mars. Rencontre avec Rachid Benbouchta. Depuis ma première visite avec Fanny, ce nom trotte dans ma mémoire. Comme celui de David Lempereur. Dans les anciens bureaux, il y avait une affiche de Saleté. Je ne suis plus sûre. Fanny a beaucoup parlé de Saleté et d’Avignon. David tombé d’une tour supportant un projecteur. Rachid qui court sur les murs et les fait tomber à la fin du spectacle. Fanny et Fred (Haugness) retenant les murs. C’était assez dangereux. Un peu fou. Mais pour Fanny, on finissait toujours par suivre Henri. Peu importe ce qu’il demandait, on le suivait. Ça valait la peine. On savait que quelque chose allait en sortir. Rachid est là. Il a presque débuté rue du Viaduc. Avec Dussenne, dans Cassandre Graffiti (de Veronika Mabardi)Il se souvient d’une lettre de Veronika aux acteurs: « le respect ne m’intéresse pas ».

Après Saleté Rachid devait retravailler avec Ronse, il préparait le rôle d’Hamlet, pour le théâtre des Martyrs, comme me l’a dit David (Lempereur).