Henri Ronse

Ma première rencontre, in-extremis, avec Henri Ronse : son nom sur les auvents déchirés rue du Viaduc*, il y a plusieurs années. Ce serait aujourd’hui, je ne pourrais plus suivre mon intuition et dérouler le fil en partant de ce nom. Il n’est plus visible.
Sur internet, on trouve peu de choses en première couche. On se demande d’ailleurs si Henri Ronse est un bandit. Tous les articles stipulent son arrestation pour détournement d’argent public. Comme le théâtre avait l’air tout petit et complètement oublié, j’ai d’abord pensé que ce théâtre avait peut-être été un théâtre de seconde zone, sans grande importance, une lubie personnelle d’un homme d’affaire véreux.
En fouillant plus profond, et en laissant traîner mes oreilles du côté du monde du théâtre, j’ai découvert que le personnage haut en couleur n’était pas un homme d’affaire mais bien un homme de théâtre, metteur en scène, mais aussi un homme de lettres et de radio. Loin d’être un théâtre de seconde zone, son théâtre passait pour certains pour un théâtre incontournable. Incontestablement un théâtre important à Bruxelles.
Et à Paris. En effet, l’homme avait commencé son aventure théâtrale à Paris, notamment rue de la Roquette, dans un ancien cinéma qui est aujourd’hui le Théâtre de la Bastille. Il avait fondé aussi la revue Obliques, dans les années septante, et participé, encore avant, à la revue L’Arc, que je connaissais pour son numéro sur Fellini (auquel Ronse a participé, s’il n’en est pas l’instigateur). Ronse avait mis en scène à L’Odéon, à la Comédie Française, etc…
À la même époque, les portes du Théâtre National et du Théâtre du Parc à Bruxelles, lui étaient grandes ouvertes. En 1980-81, il était revenu s’installer en Belgique, son pays natal, dans cette petite salle, rue du Viaduc*. En 1997, au moment de son arrestation, il allait prendre la direction du Théâtre des Martyrs, qu’il avait investi comme deuxième lieu – complètement délabré- puis qu’il avait fait rénover.
Mais qui sait aujourd’hui que le Théâtre des Martyrs, un des théâtres les plus importants de Bruxelles, c’est avant tout Ronse?
Cette sculpture monumentale de Félix Roulin dans l’entrée, et cette fresque d’Alechensky, il semble bien pourtant, qu’elles soient là parce que Ronse les a voulues, ici.
Qui sait que Ronse était, tout jeune, proche des surréalistes belges, par l’entremise de Marcel Lecomte, qu’il appelle son initiateur. Marcel Lecomte dont on peut lire : « figure discrète, mais constante, sa présence accompagne toute l’histoire du surréalisme » dans la présentation de l’exposition qui lui est consacrée actuellement aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique : https://www.fine-arts-museum.be/fr/expositions/marcel-lecomte
On peut facilement comprendre pourquoi ce personnage d’Henri Ronse m’a fasciné et pourquoi j’ai entrepris de raconter l’histoire telle que je me l’imagine, mêlée de témoignages et de fictions, imbriquant des mémoires discordantes. D’ailleurs, la mémoire est-elle plus fiable qu’un rêve?
*la rue du Viaduc se situe à Bruxelles, mais pourrait être partout ailleurs dans le monde
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